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Eclipse 2026 en Espagne

by magnitude78

Ha mazette, que d’émotion, quel bonheur ! Voilà une éclipse totale qui restera dans les mémoires –comme toutes les autres d’ailleurs. Remarquable à bien des égards, elle était proche, l’une des rares directement abordable en voiture au départ de la maison, dans un pays connu et facile à appréhender, avec de vastes étendues accessibles et des statistiques météo très favorables. Quelques-uns l’ont toutefois boudé par crainte de températures excessives jugées difficilement supportables et le corolaire d’un risque d’incendie accru. Les paramètres de l’éclipse pouvaient la faire croire peu intéressante avec une hauteur basse sur l’horizon et une durée de « seulement » une minute et quarante cinq secondes. Et pourtant, cette configuration particulière offrit un rare spectacle sur un Soleil encore très actif : les brumes de chaleur jouaient le rôle d’un filtre atténuateur qui, s’il fut piégeux pour bine des imageurs, facilitait l’observation simultanée de la chromosphère, la basse couronne et les grains de Bailly lors des second et troisième contacts. De plus elles teintaient la couronne de teintes plutôt jaunâtres quand généralement elle présente des tons plutôt gris bleu verts métallique. Enfin, la proximité sur l’horizon la faisait paraitre visuellement plus généreuse.


Le choix du site fut prépondérant pour la réussite de l ‘observation. Depuis plusieurs mois, on a repéré plus de quarante cinq sites pouvant accueillir la bande MAGNITUDE 78 élargie aux connaissances amicales, pile sur la ligne de centralité sur plus de 600 kilomètres afin de répondre aux impondérables du jour. L’emplacement devait être discret, à l’écart des habitations, avec l’horizon parfaitement dégagé sur l’azimut 280°, avec de la végétation à proximité pour l’ombre et le confort des commodités de la vie. Enfin, ils devaient être en capacité d’accueillir sans contrainte la flopé de copains qui furent de la partie, car nombreux ils furent ! Des quatre coins de la France, les voilà qui petit à petit arrivèrent sur le fameux « point 17 » choisi deux jours auparavant, dans les plus joyeuses retrouvailles qui soient, à se taper sur la bedaine, entrechoquer les verres joliment remplis tout en butinant les agapes qui font la réputation de la région. Arrivés l’avant veille en petit comité pour apprécier et valider le site, on profite de deux belles soirées d’observations, gouter à la quiétude des lieux, et roder le protocole matériel pour l’éclipse. Le jour J, nous serons soixante dix à nous répartir dans un champ fraichement moissonné avec une diversité instrumentale notable. Devant nous, un champ de tournesols fait un avant plan bien plaisant.

Comme à l’accoutumée, je vais dessiner cette éclipse. Pour faciliter la besogne, je m’entraine plusieurs semaines au préalable à faire de tels dessins d’après photos dans les temps impartis. Cette fois, je fais le choix de traiter la chromosphère et les protubérances sur un dessin à part avant le premier contact avec la Lunt 50 H alpha, ce qui permettra de se concentrer uniquement sur la couronne lors de la totalité. Il y a par bonheur une belle protubérance majeure et quelques autres bien sympathiques, dont un jet vertical à évolution rapide. De même, je réalise un autre dessin avec la L80 et Astrsolar en vue de la réalisation du chapelet en lumière blanche. Seules quatre petites tâches daigneront se montrer.

Ce qu’il y a de merveilleux avec une éclipse, c’est l’implacable prévisibilité temporelle, merveilleuse horloge planétaire. A la seconde près, on note le premier contact et au fur et à mesure de l’avancée de la Lune gagnent la tension, l’excitation, l’émotion. L’ambiance lumineuse bascule et se fait étrange à l’approche du second contact. Je lance un compte à rebours à T-5mn, aide psychologique précieuse pour gérer le temps au mieux. Le croissant n’est plus qu’un fil qui diminue et déjà s’égraine aux extrémités, le rose caractéristique de la chromosphère est déjà sensible alors qu’éclate le diamant et se dévoile les premiers soupçons de la basse couronne, cinq-quatre-trois-deux- un-TOP totalité, la magie céleste entre en grande représentation.

Pétard-de-diou, qu’elle est belle et étonnante !!!! Atypique je dirais. Elle est jaunâtre, la forme générale m’évoque la coiffe des alsaciennes, avec cette trouée en bas d’où part un éventail de jets fins, curieux mélange d’un Soleil actif avec ces plumets foufous de toutes part et cette zone évoquant ce qu’on peut observer lors d’un minimum d’activité. La structure est complexe, les plumets nombreux, plus ou moins affirmés, chacun avec une forme qui lui est propre. La grosse protu contraste de ce rose électrique si particulier, elle est visible à l’œil nu, énorme, tandis qu’un jet rectiligne pointe tout en haut et une petite forêt échevelée se dévoilera sur la droite en seconde partie de totalité. Le dictaphone égraine le temps qui passe et m’oblige à l’incroyable besogne de tracer dans une sorte de frénésie jubilatoire les lignes d’esquisse. Mais déjà le temps est écoulé, me manque bien des détails et paf ! Un superbe diamant, le temps d’apprécier cette nuit qui s’en va au loin, le jour de la fin de journée qui revient, de beugler et partager sa satisfaction quasi animale dont chacun déborde. Il faut vite retourner sur le dessin et le continuer de mémoire, jusqu’à ce qu’il se dilue dans l’esprit et n’apporte plus d’informations pertinentes. Les premières finitions sont réalisées ensuite et c’est avec un rare plaisir que je rejoins l’ami Fred pour comparer nos besognes respectives, instants partagés d’une rare exaltation.

Ha que oui, beaucoup d’émotions là dedans, c’est très intense, quasi violent, mais aussi délicieusement délectable et amical par le partage, c’est une véritable communion lors du phénomène, mais aussi durant les périodes avant et après le phénomène, disons que ça renforce les liens et ça en créé de nouveaux bien jolis.

J’ai vraiment adoré ce rassemblement de copains en ce lieu paumé où tous étaient présents, au-delà de mes espérances. Mister Strock en chemise blanche immaculée impeccablement repassée servi d’écran de projection pour l’obligatoire séance de sténopés avec la passoire à nouille apportée pour la circonstance. Où ce copain qui, au départ de Corse de retour pour Paris pour un vol direct sur Los Angeles apprenant qu’il était devenu grand-papé, fit ce détour inouï de venir nous voir, titillé qu’il était par les discussions passionnées que nous eûmes jadis sur le sujet, autour d’une bonne bière après une belle plongée en Mer Rouge. Il y avait ce rassemblement d’instruments variés, dont quatre T400 carbone tous cousins de conception. Yavait des enfants qui gambadaient, heureux d’avoir découvert une carcasse blanchie de vautour pour en faire un totem redoutable -au grand dam des parents. En tous cas tout le monde était heureux, comblé et ravi.

Si le dessin de la totalité était le but ultime, la réalisation d’un chapelet évocateur était toute aussi intéressante à réaliser. Pour cela, un dessin préalable à la Swaro et astrosolar permet d’avoir le sujet pour les phases partielles. On intercalera la totalité là où il faut par la suite. Reste à esquisser toute les onze minutes l’avancé du phénomène. On remarque que le limbe lunaire n’est pas lisse, les reliefs étant bien visibles. Après la totalité, deux instants furent vraiment magiques et intégrés sur le chapelet. Celui du diamant au troisième contact qui, grâce à l’effet atténuateur d’une faible hauteur sur l’horizon mâtinée de ces brumes de chaleur, rendait visible sans filtre la chromosphère sur le point d’être illuminée par l’apparition du Soleil, mais aussi à l’opposé, la présence de la grosse protubérance encore bien présente et les nuées de la très basse couronne. Puis le Soleil déclinant, il changeait de couleur dans un dégradé passant aux tons orangés, puis au rouge un peu cramoisi dans une bande de ciel gris violet. Alors qu’il touchait l’horizon, avec un profil aplati et un contour affecté des effets de la turbulence, voilà qu’il passa derrière une éolienne lointaine, dernière facétie de ce superbe scénario.

Ce chapelet tente de restituer l’ambiance des lieux avec ce champ de tournesol juste devant nous et ce formidable vol de vautours – que nous eûmes la veille, mais qui méritait d’être rapporté ici. Par contre, manque un élément essentiel à la restitution de la sus-citée ambiance, c’est celle olfactive… Car non loin de là, une porcherie il y a… Et si les vents furent cléments les jours précédents au point de nous d’oublier cette champêtre installation, ils eurent la taquinerie de nous faire profiter des effluves de ces charmant animaux juste pour l’après-midi du phénomène, délicate attention d’Eole.

Serge

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